Retour sur la Libération d’Annemasse le 18 août 1944
Chaque année le 18 août, la Ville rend hommage à tous ceux qui ont participé à sa Libération afin de ne pas oublier ces évènements tragiques. Retour sur ces jours d'août 1944.
Le 1er août 1944,
André Allombert se trouve au Plateau des Glières avec 17 Résistants de la compagnie FTP 9303 dirigée par Michel Blanc. Après un
largage de containers par avion, on s’affaire à récupérer le matériel et les munitions. Des milliers de cartouches, des pièces de fusils, de mitraillettes et de fusils mitrailleurs sont chargés dans le camion pour Annemasse. Le convoi composé de 17 hommes part le lendemain. Seul Michel Blanc est armé du pistolet qu’Allombert avait pris sur un milicien quelques mois plus tôt. A 2 km de leur destination dans le secteur annemassien, un détachement allemand d’une dizaine de soldats, à vélo, les surprend.
Allombert décrit l’affrontement comme un « mitraillage terrible ».
Les blessés sont chargés dans le camion, les autres prisonniers sont escortés sous haute surveillance jusqu’à Annemasse. Une fois à la prison du Pax, les prisonniers sont informés de leur exécution, à 16h30 le jour même, sur la place de la Mairie. Le soir arrive, personne ne vient les chercher. Passant devant la salle d’interrogatoire, André Allombert entend un prisonnier qu’il ne connait pas confier aux Allemands : « C’est Michel, le chef de Boëge qui est venu me voler chez moi… ». Michel Blanc et André Allombert subissent dès lors des coups et tortures diverses. Dans leur cellule, entre deux interrogatoires, Blanc confie à Allombert : « il faut dire aux Boches que c’est moi qui vous ai réquisitionnés sous la menace du pistolet que tu m’avais prêté ». Devant l’ampleur de ses blessures, il demande aussi à André Allombert d’être enterré religieusement. Vers quatre heures du matin, les soldats emmènent Michel Blanc. Incarcéré à Annecy, il est fusillé à Vieugy le 10 août 1944.
On annonce une nouvelle exécution des prisonniers le lendemain, à titre d’exemple. Dans l’angoisse, un jour et une nuit se passent sans rien. Les humiliations et les questions continuent.
Le 11 août au matin,
Meisold, chef de la Gestapo, annonce aux prisonniers qu’ils sont libres. Ils doivent récupérer leurs portefeuilles et vérifier si rien ne manque. André Allombert note que 500 Frs ont disparu du sien. Ses compagnons ressortent libres du Pax, mais Allombert doit encore patienter. Meisold revient le voir plus tard, et lui tend 500 Frs : « Il n’y a pas de voleur dans l’armée allemande, voici votre argent et vous êtes libre ». Persuadés que c’est un nouveau stratagème des occupants, les ex-prisonniers multiplient les précautions avant de rejoindre d’autres contacts de la Résistance.
Jean Deffaugt, le Maire d’Annemasse, a en réalité obtenu du capitaine Guth plusieurs sursis, repoussant par deux fois les exécutions. Il demande la vie sauve des prisonniers contre une intervention en faveur des Allemands en cas d’attaque de la Résistance, et la garantie de la sécurité des occupants lors de leurs passages en Suisse. Deffaugt souhaite éviter des affrontements sanglants dans sa ville. Il se dévoile finalement comme étant du côté de la Résistance. Les troupes allemandes essuient des attaques constantes de la part des maquis autour d’Annemasse. Elles n’osent même plus sortir de la ville, de peur de perdre des hommes. Pressés par la menace, les Allemands acceptent le marché.
Des instructions précises sont données aux combattants de la Libération : il ne faut pas boucher le « goulet » de Moillesulaz car une partie de la garnison allemande devrait probablement essayer de passer en Suisse.
Les termes de la négociation entre le Maire d’Annemasse et le Commandant Guth doivent être respectés. La totalité de la garnison allemande d’Annemasse franchit comme prévu la frontière. Seulement deux soldats allemands du secteur sont tués ce jour là.
Le 18 août 1944, Annemasse est libérée. Le Comité de Libération reconnaît les engagements de Deffaugt en faveur de la Résistance et le maintient dans ses fonctions en août 1944. Le 25 février 1966, le mémorial Yad Vashem le reconnaît « Juste parmi les Nations » pour son action en faveur des enfants juifs du groupe de Marianne Cohn.
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Pour en savoir plus :
« Annemasse, ville-frontière, 1940-1944 » (par Vincent Dozol. 2010, institut d’études politiques de Lyon).
Mémoire de Master 1 en ligne sur le site http://doc.sciencespo-lyon.fr Rubrique « Mémoires », puis « Dernier mémoire mis en ligne »
Mémoire également disponible aux Archives municipales et à la bibliothèque d’Annemasse













