Le dépôt S.N.C.F. d'Annemasse
- Véritable entreprise
Véritable entreprise et sans doute, en 1936, la plus importante de la région annemassienne où aux heures de prise et de fin de service résonnait une sirène entendue dans toute l'agglomération.
En janvier 1937, peu avant la nationalisation du P.L.M., le dépôt d'Annemasse compte plus de 100 locomotives. Entre 1944 et 1946, 38 locomotives sont loués aux chemins de fer fédéraux suisses en attendant la réparation des machines françaises endommagées durant la guerre. Il y a encore 86 locomotives à vapeur au dépôt d'Annemasse au début et bientôt la suppression.
Dans cette fourmilière, il y avait aussi un important pesonnel roulant assumant la conduite et la chauffe au charbon d'un conséquent parc à machines à vapeur.
Les nombreux bureaux regroupant l'encadrement et les employés administratifs. Parmi le personnel d'exécution de l'atelier on trouve une variété de métiers (outilleur, fraiseur, soudeur, robinetier, chaudronnier, forgeron, régulateur; charron, etc.)
Des bâtiments annexes assuraient l'approvisionnement des locomotives en charbon par un quai à combustible avec ses wagonnets, en eau pour le remplissage des tendeurs par des grues à eau. Il faut préciser que le dépôt disposait de sa propre station de pompage à Etrembières. L'eau était puisée dans l'Arve et était amenée par une conduite jusqu'à la gare et au dépôt.
- Le centre d'apprentissage
Il formait en 3 ans les employés de la compagnie. Il fût crée en juillet 1926 pour être supprimé au début des années 1960. une formation rigoureuse tant à l'atelier qu'en cours formait des ouvriers très qualifiés. La discipline y est très sévère avec tenue réglementaire type. Il faut signaler pendant le triste période de Vichy, l'obligation d'assister au lever des couleurs avec le chant à la gloire du Maréchal Pétain.
Le sport était important et on disposait d'un stade particulièrement bien aménagé avec piste en cendrée, terrain de basket, portiques, etc.
La coopérative S.N.C.F.
Très tôt, les cheminots s'organisent et créent la légendaire COOP (coopérative) qui a sa propre boulangerie, sa cave à vin, toute l'alimentation, le charbon... Il faut y faire la queue avec le ticket d'appel pour s'approvisionner. Des livraisons à domicile sont assurées.
A l'étage de ce bâtiment situé rue des Alpes à Annemasse, une immense salle permet d'accueillir les diverses rencontres pour les départs animés des retraités, les réunions syndicales (parfois houleuses) et les traditionnels bals du samedi soir et celui de fin d'année au profit de l'Orphelinat des Cheminots.
Après la disparition de la COOP, le bâtiment deviendra la Bourse du Travail avec des locaux pour le judo, puis sera démoli et à sa place sera construit un immeuble qui abrite de nouveau la bourse du travail et le judo club.
Nota : A l'époque de la vapeur, les mécaniciens étaient titulaires de leur machine. Aussi lorsqu'ils étaient de repos, ils devaient effectuer certaines opérations d'entretien sur leur engin. Cetains venaient voir au dépôt comment ces réparations étaient effectuées. Il faut dire qu'à cette période très dure, avec un règlement très sévère, toute la sécurité de la conduite du train reposait sur le mécanicien qui, sur les lignes à voie unique, ne disposait d'aucun moyen de rattraper la moindre erreur : Le chauffeur alimentait le foyer avec des tonnes de charbon. Avec les chaleurs - en été - cela devenait un véritable foyer - dortoir où s'entassaient parfois une vingtaine d'agents avec tous les inconvénients des réveils des équipes à toute heure pour prendre leur service, les roulements, etc. Certaines tournées exigaient plusieurs repas, aussi les épouses apportaient le panier au passage du train en Gare d'Annemasse.
- La naissance de l'habitat à Ville-la-Grand
Aux environs des années 1930, la SNCF a entrepris la construction de cités sur la commune de Ville-la-grand afin de loger son personnel.
A l'époque, six bâtiments voient le jour au droit de la rue des Tournelles et des deux autres, dits "cités des chefs", poussent aux abords de la rue du Jura. Au total, ces immeubles peuvent accueillir une soixantaine de familles. Ces constructions sont du type traditionnel comme l'on en trouve un peu partout en France, dans les centres à forte concentration cheminote.
Ces appartements bénéficient alors d'un certain confort et le loyer, considéré comme un accessoire de travail, est modéré. Sur des terrains annexes, des parcelles sont attribuées aux locataires souhaitant pratiquer le jardinage tandis que des espaces ludiques permettent aux enfants et aux adolescents de jouer ou de s'adonner au sport.
Par ailleurs, au gré des quartiers construits sur le territoire villagnain, un grand nombre de cheminots se portent acquéreurs de leurs habitations en profitant des avantages de la loi Loucheur. C'est le cas rue des Allobroges, rue Salingro, rue des Contamines, etc.
L'exemple de la rue Gambetta est symbolique : un groupe exclusivement composé de gens du rail avec, à sa tête, Jean Dunand, futur maire de la commune, achète une bande de terrain pour y éditer dix maisons. La solidarité cheminote n'est pas un vain mot.
- Les cheminots d'Annemasse et la Résistance
Après la défaite de juin 1940, des mesures furent prises par le gouvernement de Vichy en liaison avec les autorités allemandes. Après le débarquement anglo-américains en novembre 1942, les Allemands occupèrent la zone sud, s'installèrent quelque temps à Annemasse avant de céder la place à leurs alliés italiens jusqu'en juillet 1943, date du renversement de Mussolini par ses opposants italiens qui se rapprochèrent des alliés débarqués en Italie du Sud.
Avec l'installation des Allemands, la frontière franco-suisse devient de plus en plus difficile à franchir avec un réseau serré et élevé de barbelés et la présence très fréquente de patrouilles équipées de chiens.
Genève était à la fois un "nid d'espions" des différents services secrets des belligérants et un refuge - parfois provisoire - pour les résistants partiellement exposés.
C'est dans ce contexte que s'implanta le réseau du colonel Georges GROUSSARD, le fameux "réseau Gilbert". Il s'agissait d'installer de part et d'autre de la frontière suisse des équipes nombreuses et sûres de passeurs, d'établir des cachettes et des lieux d'hébergement ; c'était un des aspects important de l'action clandestine dont les passeurs étaient les forces vives dans cette zone - frontière. Les cheminots étaient particulièrement indiqués pour entrer dans l'action, surtout que les bonnes volontés ne manquaient pas. Les Francs Tireurs et partisans étaient nombreux parmi eux, tandis que l'Armée Secrète était très implantée chez les douaniers.
Chaque jour, un train partait de la gare d'Annemasse à destination de Genève - Eaux-Vives. Ce convoi quotidien était la hantise rageuse des occupants allemands et nombreux firent des rapports pour demander la suppression de ce train "diabolique" auprès des plus hautes autorités du 3ème Reich. Mais dans l'intérêt de l'Allemagne, ce train devait être maintenu.
Les équipes de cheminots qui le convoyaient, étaient soumises à une surveillance haineuse, tatillonne, incessante ; un faux-pas et c'était la sinistre arrestation pour une destination inconnue.
Sur le quai de départ en gare d'Annemasse, une nuée de douaniers allemands examinaient avec obstination chaque wagon, la locomotive, le moindre recoin du convoi ; cela durait des heures. Parfois le convoi était de nouveau arrêté, juste avant la frontière, et la fouille recommençait.
Sur la machine, les cachettes étaient nombreuses, et diverses, notamment dans le charbon ou l'eau du tender. Les cheminots de ce fameux convoi France - Suisse ne se limitaient au courrier et aux messages, mais ils passaient des sommes d'argent - parfois importantes - destinées aux mouvements de la résistance ; parfois des clandestins profitaient au passage du tunnel avant la gare des Eaux-Vives, d'un ralentissement volontaire, pour sauter et fuir "dans la nature".
En conclusion, nous citerons le colonel GROUSSARD dans son livre "Service secret 1940-1945". "Les cheminots ne perdirent jamais un centime de ces devises d'un montant considérable, ni une lettre au cours de centaines de missions qu'ils accomplirent pour moi. Et tous les jours, c'était très exactement leur vie qu'ils mettaient en jeu".










