mardi 22 mai 2012

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La Gare va connaître des péripéties

Le 31 mai 1925 est jour de fête patronale. Toute la ville est en liesse. Les terrasses des cafés, les salles à manger des hôtels et des restaurants de la place et de l'avenue de la Gare, de la rue du Docteur-Charles-Favre (autrefois rue du Nord) sont pleines de consommateurs.

Il est midi et demi/une heure moins vingt-cinq quand un bruit de tonnerre effroyable, dans un ciel radieux dieux, fait sursauter tout le monde et stoppe rires et conversations animés de l'apéritif. Un cylindre de douze cents kilos de chlore liquéfié a explosé sur une voie de garage. Un nuage jaune verdâtre s'élève dans le ciel bleu. Poussé par une légère brise printanière il s'étend sur la place et l'avenue. Tout s'est tu. Le souvenir horrible de la guerre, rapporté par les poilus gazés est dans tous les esprits. C'est la fuite panique. Quand la nappe de gaz se fait enfin moins épaisse, les médecins de la ville dispensent les premiers soins aux intoxiqués. Neuf d'entre eux sont conduits à l'hôpital et dix autres à la clinique de Savoie, employé au service de la poste à la gare est gravement atteint.

  • Flammes et poussières

Nous sommes en 1931, dans la nuit douce du mardi 16 au mercredi 17 juin. Il est une heure et demi quand les habitants du quartier de la gare sont réveillés en sursaut par deux violentes explosions. Est-ce un déraillement ou la collision de deux rames? Une épaisse fumée se dégage. Un incendie s'est déclaré dans le hall des marchandises. Deux tubes d'oxygène viennent d'éclater à côté de fûts d'essence qui ont pris feu. M. Gaydon donne l'alarme. Le valeureux corps de sapeurs-pompiers d'Annemasse arrive en hâte, bientôt rejoint par ceux de Ville-la-Grand, de Gaillard et d'Ambilly avec pompes et tuyaux. Le feu se propage à la vitesse de l'éclair.
Les difficultés décuplent quand on veut transporter les fûts d'essence hors du bâtiment. Peine perdue. Quatre wagons chargés de marchandises sont bientôt la proie des flammes. Les pompiers de Genève placés sous le commandement du major Keller et du capitaine Œsch sont appelés en renfort. Ceux de Vandœuvres et de Chêne-Thonex aussi. Une centaine de volontaires d'Annemasse et des environs apportent leurs concours à la 1utte contre l'incendie. Pendant plus d'une heure, tous conjuguent leurs efforts pour mettre en sûreté d'autres marchandises contenues dans des wagons à quai des chemins de fer économiques du Nord (C.E.N.), quand tout à coup, dans un bruit d'apocalypse une partie du bâtiment s'effondre.
Trois des sauveteurs sont ensevelis sous les décombres fumantes. Au prix de mille et un efforts, on retire des gravats le cadavre de Pierre Bouvet, facteur aux écritures. Il a 29 ans. II est le père d'un tout jeune enfant. Par bonheur, on peut sauver d'une mort certaine Louis Carquillat et Edmond Gavard : le lendemain, la presse unanime souligne l'admirable attitude du personnel de la gare et met en avant l'héroïsme du gardien de la paix Gavard. Grièvement brûlé aux mains et au bras : "Il n'en a pas moins continué à aider puissamment au dégagement des victimes".
Autre héros de la catastrophe, le révérend père Michel Ticon de l'orphelinat de Ville-la-Grand qui a bravé les dangers avec un courage "magnifique et tranquille". Ce qui lui vaudra du secrétariat d'Etat à l'Intérieur un diplôme d'honneur" afin de perpétuer dans sa famille et au milieu de ses concitoyens le souvenir de son honorable et courageuse conduite".