mardi 22 mai 2012

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Et demain de la "gare" à "l'Etoile Annemasse Genève"

Redévelopper la gare et requalifier son quartier sont des objectifs évoqués, étudiés, depuis longtemps. Mais ré-urbaniser un morceau de ville est très compliqué, c'est beaucoup plus difficile que d'urbaniser des espaces encore non construits car les contraintes n'ont rien à voir.

Par Marie-Thérèse DE NOMAZY
Chef de projet Etoile Annemasse Genève

En ville, les emprises foncières, le découpage des parcelles sont des blocages fréquents, les voiries organisent déjà l'espace, et l'image d'un quartier, l'idée que l'on s'en fait, la façon de l'utiliser sont très lourds à modifier. Que dire des règlements d'urbanisme qu'il faut reconcevoir … c'est une révolution à mettre en œuvre.

Après des années de gestation, de projets divers, l'avenir aujourd'hui s'éclaircie, les volontés s'associent, et l'on peut sérieusement attendre des transformations profondes d'ici les années 2008-2010 car :
Les chances d'une future gare aux vocations élargies sont tout à fait réelles.
Les espaces existent pour reconstruire la ville sur la ville.
Les capacités à faire de la "continuité urbaine" avec l'existant sont des atouts à mettre en œuvre. Il faut concevoir un programme "multiple", associant l'activité commerciale, de service, les équipements, au logement, et au plaisir de venir en ville…
L'ambition est de réussir un pôle à l'échelle d'une agglomération de 7 à 800 000 habitants, peut être un million demain… dans un cadre transfrontalier.
En savoir plus sur le projet

  • Une gare redimensionnée par un usage multiple

La gare d'Annemasse symbole d'une véritable agglomération transfrontalière : demain à 20 minutes de Cornavin, à 30 minutes de Cointrin et bien reliée au Chablais et à la Vallée de l'Arve
Le CEVA (Cornavin Eaux Vives Annemasse) est une nouvelle infrastructure qui va permettre aux réseaux ferrés français et suisse de se rejoindre dans la région genevoise. Aujourd'hui, cette jonction ne se fait qu'au niveau de Bellegarde, et depuis 1912, les Suisses avaient prévu, par une convention entre le Canton de Genève et la Confédération, la réalisation du maillon manquant entre Cornavin et les Eaux Vives.
Seule la section Cornavin-la Praille a été réalisée… L'étude en a été faite et l'investissement voté en 2002, et par le Canton de Genève et par la Confédération, qui ont décidé une dépense de l'ordre de 1 milliard de francs suisses, avec la réalisation d'une voie enterrée sur la majorité du parcours, jusqu'à la frontière française.
Le gouvernement français a nommé un inspecteur général, Monsieur Denis Fougea, afin que les études soient menées côté français, pour assurer la continuité d'un service qui aujourd'hui, avec une seule voie en surface, 3 passages à niveau, ne permettrait pas à la centaine de passages envisagés chaque jour de fonctionner sans un impact insupportable.
Ces études ont été réalisées pendant l'année 2003.
Le projet sera naturellement accompagné de parkings- relais, non seulement sur Annemasse, mais à côté des gares où le train s'arrêtera. C'est un équipement majeur, qui transformera l'offre de transport en commun au sein de l'agglomération franco-valdo-genevoise. Annemasse, et les territoires desservis entreront encore davantage dans la "métropole genevoise" qui devient, incontournablement, transfrontalière.
Aujourd'hui, seule une minorité utilise les transports en commun pour relier la Haute Savoie à Genève, soit environ 3% des trajets !!! Au sein d'une agglomération de plus de 700 000 habitants, c'est un taux particulièrement faible.
La politique menée par les acteurs responsables des déplacements tant en France qu'en Suisse défend un développement de la part des déplacements en transports en commun. Ce "CEVA" sera un des moyens efficaces pour la mise en œuvre de cette politique.

  • La gare d'Annemasse peut devenir la "gare Nord de la Haute Savoie" et la seconde gare TGV de Genève, à moins de trois heures de Paris

La Haute Savoie n'est pas particulièrement bien équipée en matière de train, et encore moins quand il s'agit du TGV : Annecy reste en "bout de course", et les améliorations envisagées entre Paris et Annecy seront surtout efficaces pour le tronçon du "Lyon-Turin", c'est à dire jusqu'à Chambéry. Les projets de jonction directe via le Nord ont été abandonnés à peine conçus, et l'infrastructure en voie unique sera encore longtemps un frein à l'augmentation du trafic ferré.
Annemasse se trouve de ce fait dans une position avantageuse, compte tenu des travaux prévus pour la remise en fonctionnement de la ligne du Haut Bugey, qui permettra aux trains Bellegarde-Paris de gagner plus d'une demi-heure sur le parcours actuel. De ce fait, Genève, comme Annemasse, seront à moins de trois heures de Paris d'ici 4 ou 5 ans. (investissement prévu dans le Contrat de Plan Etat Région) La SNCF a donc prévu de développer l'offre de trains "Genève-Paris", avec une liaison cadencée (environ un train par heure pendant la journée), en donnant ainsi au train un rôle encore plus concurrentiel à l'avion qu'il ne l'est aujourd'hui.
Le Conseil Général de Haute Savoie a, par voie de conséquence, estimé qu'Annemasse pouvait recevoir directement des TGV, la bifurcation du Paris-Genève se faisant à Bellegarde, et devenir un équipement majeur pour le Nord du département : Annemasse à moins de trois heures de Paris attirera nécessairement les habitants du Chablais, d'une bonne partie de la Vallée de l'Arve, de la majorité du Genevois haut Savoyard ayant besoin de joindre non seulement Paris, mais aussi les grandes lignes européennes de train. A cette clientèle française, une partie du Canton de Genève pourrait également apprécier de ne pas avoir à aller à Cornavin, de ne pas avoir à traverser le Rhône et venir à Annemasse prendre le TGV. Cette hypothèse est naturellement renforcée par l'existence du CEVA, qui permettra de rejoindre les 2 gares, de partir de l'une avec la liberté de revenir par l'autre…
Une étude de "clientèle potentielle" est en cours. On peut estimer qu'une population d'au moins 500 000 personnes résidentes serait concernée par une "gare Nord TGV de la Haute Savoie " ou "seconde gare TGV de Genève", et, naturellement, une clientèle "touristique" rejoignant par Annemasse les grandes stations de Haute Savoie. C'est un enjeu fort de développement que, non seulement le Conseil Général, mais aussi les Collectivités locales, le Conseil Régional, le Canton de Genève défendent à ce jour.

  • La gare d'Annemasse : un pôle d'échange entre tous les moyens de déplacements, un "facilitateur" pour l'usage des transports en commun

Passer de la voiture, du bus, du car, ou tout simplement du vélo ou de la marche à pied au train, ou de n'importe quel moyen de déplacement à un autre, tel est l'objet d'un "pôle d'échange".
Il s'agit de faciliter les échanges, tant par l'organisation physique (courtes distances, faibles temps d'attente, confort de cette attente) que financière (billets achetés au même endroit, ou, encore mieux, billet unique, tarifs attractifs) et tout simplement efficace, c'est à dire que le temps passé et l'argent dépensé sont plus intéressants dans la configuration "transports collectifs" que "seul dans sa voiture"…
L'ambition est bien d'arriver à un tel résultat dans le périmètre directement desservi par la gare d'Annemasse. Les Autobus doivent re-étudier les itinéraires empruntés pour mieux desservir la gare, les cars- inter-cités pourraient fonctionner avec plus de coordination avec les trains, des trams "prolongés" pourraient éventuellement aller jusqu'à la gare tout en irriguant le centre-ville d'Annemasse… les bus genevois pourraient venir aussi "par le Nord" jusqu'à la gare.
Tout ceci doit être étudié, évalué, décidé.
Les "acteurs" sont nombreux, puisque chaque mode de déplacement est géré par une "autorité organisatrice" différente : Les cars pour le Conseil Général, les bus par l'intercommunalité 2C2A, les trains par le Conseil Régional et la SNCF, l'urbanisme pour accueillir tout cela par les communes sur les territoires desquelles des aménagements sont à faire…
Les années 2003, 2004 et 2005 seront nécessaires pour planifier ce "pôle multimodal" .

  • L'emplacement de la gare et ses alentours immédiats : un lieu exceptionnel pour une requalification urbaine, pour un "centre" élargi, tout en développant une nouvelle image de la ville

"Reconstruire la ville sur la ville" : leitmotiv des urbanistes pour arrêter -ou du moins limiter- l'extension, la diffusion urbaine, toujours plus loin. Autre raison, reconstruire des lieux devenus obsolètes, redevenus "en friche", qu'il s'agisse d'usines, ou de toutes sortes de bâtiments inadaptés, dont la valeur historique ne sera probablement jamais reconnue..
La gare d'Annemasse et sa périphérie présentent pour cela des caractéristiques remarquables.

  • Des opportunités foncières

Une zone industrielle qui a fait son temps :
Si la première "zone industrielle" de la ville s'est naturellement construite aux abords immédiats de la gare, aujourd'hui, plus rien ne fonctionne et les bâtiments sont soit déjà démolis, voués à la démolition, soit en attente de projet (la halle Taponnier) : C'est le cas des terrains situés le long du train, que ce soit côté Sud (où un projet de voirie nouvelle appelée le "péri-centrique" est près d'aboutir) ou bien au nord, avec par exemple, l'ancienne "usine à gaz", devenue aujourd'hui terrain vague et insalubre.

  • Des activités créées grâce au train et qui n'utilisent plus le train

C'est le cas du SERNAM, service de messagerie créé par la SNCF, aujourd'hui totalement organisé à partir de l'usage de la route et de camions. C'est aussi le cas des "DOUANES", qui occupent une surface très importante, pour la venue de camions, en centre-ville.

  • Des espaces devenus inutiles pour l'organisation actuelle de la SNCF et même pour son développement futur

Des espaces SNCF très importants, utilisés autrefois pour le rôle de "dépôt" joué par Annemasse : du temps où une centaine de locomotives étaient entretenues ici, la Rotonde actuelle, celle qui a été démolie, et les espaces non utilisés au nord des rails avaient une vie intense qui ne sera plus jamais celle connue avant la guerre de 40. Nombreux sont les jeunes annemassiens qui ne connaissent rien de ce passé, qui n'ont même jamais vu cette Rotonde, à peine aperçue en prenant le train : le tissu urbain ne laisse que difficilement percevoir cette masse imposante et exceptionnelle. Ceci a déjà donné lieu pour partie, à des acquisitions. D'autres parcelles sont à négocier. C'est un travail de longue haleine, délicat aussi car c'est un investissement de base nécessaire à la réorganisation globale, qui doit prendre en compte les "points durs" et pas seulement les espaces dont l'acquisition est "facile".

  • Un espace proche du centre ville

La rue de la gare, prolongée par "l'avenue de la Gare " : 500 mètres de la Poste à la Gare Faire de cet axe la colonne vertébrale de l'extension du centre-ville actuel qui lierait ainsi le centre dynamique et vivant -mais bien petit- du centre de l'agglomération à un secteur nouveau et attractif est le seul moyen de générer un développement sans jouer "les vases communicants" : apporter du plus au centre par de nouvelles enseignes, de nouveaux services, lui donner une dimension renouvelée, et non pas faire offre de "concurrence" et de danger pour le centre actuel.
Y aura-t-il demain de nouveau un tram avenue de la Gare ? (Les rails du réseau du XIXème siècle ont été enlevés vers 1960…) un passage en site propre pour un moyen de transport en commun ? Un aménagement donnant l'espace très prioritairement aux piétons ? Un aménagement esthétique et de l'espace public et des bâtiments qui bordent cette avenue ? Une végétalisation ? Un éclairage lui donnant un caractère ? ? Tout ceci est encore en question. Si le principe d'une prolongation du centre en direction de la future gare a été retenu, le comment et le quand ne sont pas arrêtés.

  • Une opération qui permettrait d'effacer la "coupure" de l'agglomération

Il suffit de regarder la photo aérienne pour comprendre que l'espace de la voie ferrée est une barrière très conséquente : la "ville" bloque sur le 1,5 km de l'emprise SNCF/RFF. Immeubles au sud, villas au Nord, et aucun passage n'est possible, ni à pied, ni en voiture, entre le pont de la rue Albert Hénon (Ville la Grand) et le carrefour de la rue des Négociants. Or chacun sait que la "ville est passage", le "lieu de la communication et de l'échange"… La voie ferrée constitue un "nouveau fleuve" réalisé par les hommes eux-mêmes.
Retrouver la communication Nord-Sud est aussi un objectif de ce projet, transformer la "coupure en couture" pour utiliser un vocabulaire imagé à la mode…

  • Un espace lié aux centres de Ville-la-Grand et Ambilly mais aussi aux communes suisses proches

Construire une ville harmonieuse, c'est largement faciliter les jonctions entre les différents lieux de vie. Le cœur de Ville la Grand, qui s'est déjà bien transformé ces dernières années, par le réaménagement des espaces publics, des bâtiments, des services, devra se trouver lié de la meilleure façon possible avec ce futur secteur urbain autour de la gare : par la voirie (un projet de "pénétrante Nord", déjà dans le PLU de Ville la Grand est à étudier), par les cheminements piétons, par les moyens de transport en commun.
Ambilly est directement concernée par ce projet : le CEVA entraînera une réorganisation de la circulation, l'attractivité de la gare génèrera automatiquement un certain trafic, les terrains au Nord de la gare peuvent aussi être amenés à muter et à accueillir toutes les fonctions de la ville. La réorganisation des transports en commun, y compris ceux qui pourraient venir de Suisse par le Nord sont à étudier avec beaucoup d'attention.

  • Développer du "centre ville", c'est implanter l'ensemble des fonctions urbaines qui donnent la vie et l'attractivité : un défi à relever dans les prochaines années

Il ne s'agit pas de faire "une zone d'activité", ni "un espace tertiaire", ni une "ZUP" ni un grand équipement "célibataire"… L'ambition est d'y implanter une véritable "mixité urbaine", c'est à dire tout ce qui peut se trouver dans un centre ville en participant à sa dynamique. Bien sûr, l'ensemble des services qui sont naturellement à portée d'une gare, de l'hôtellerie, des lieux de rencontre, des services de location ou d'entretien de voitures, des commerces et services utilisés dans les temps de passage ou d'attente : journaux, coiffeur, restauration…
Mais aussi, des services pour une population franco-genevoise, des commerces, comme l'offre déjà en partie le centre ville d'Annemasse. De l'emploi, avec des activités tertiaires au service des entreprises, certains imaginent une ouverture à des ONG ou autres institutions internationales, qui auraient intérêt à être situées en ville, et très bien desservies par un moyen de transport en commun.
Même atout pour des lieux de formation, de séminaire, de rencontres professionnelles, en gardant une dimension raisonnable, sans jouer "aux grands" : Palexpo, Archamps, ont leur spécificité, c'est bien le complément qu'il est intéressant d'apporter.
Quelques équipements publics répondant à des besoins, comme par exemple une nouvelle bibliothèque devenue "médiathèque", qui peut devenir un équipement structurant, attractif, au service d'une population assez vaste française et suisse, comme par exemple un lieu de formation, ou autre service administratif ou institutionnel.
Le secteur doit attirer les intérêts privés s'il est bien conçu, puisqu'il doit répondre à des besoins, à une demande. Mais la Collectivité peut participer à son attractivité en y investissant elle-même, en y implantant des bâtiments qui seront des lieux de vie.
Enfin, du logement : problème connu depuis des années, il est nécessaire d'offrir du logement, avec de la mixité dans les types de logements, de l'accession libre et aidée, de la location, sociale ou non. L'espace le permet. Il sera présent dans le programme global. Si les premières surfaces disponibles ou dont l'acquisition paraît réaliste, représentent 10 à 15 hectares qu'il est possible d'aménager dans une première phase, sans toucher aucunement à tout l'espace "fret" de la SNCF, il sera dès lors réalisé des constructions mais aussi des espaces publics, des cheminements et des voiries, permettant de réorganiser le secteur, de lui donner l'élan d'un futur ambitieux.
2008, arrivée du CEVA.
Les collectivités et institutions associées à ce projet ont agendé les études afin que les premières réalisations puissent voir le jour à cette même date. C'est un beau défi pour un projet en gestation depuis des décennies. Cette volonté a été actée par la signature d'une "charte d'objectifs", signée par 20 partenaires, le 16 juin 2003.

  • Un projet suivi par un comité de pilotage transfrontalier pour faire de "l'Etoile Annemasse Genève" un vrai projet international

Les instances qui participent au Comité de Pilotage sont nombreuses : il ne s'agit pas d'un petit projet local, mais d'une ambition partagée avec les communes concernées, l'intercommunalité, les territoires voisins, le Canton de Genève, le Conseil Général, le Conseil Régional, l'Etat, l'Europe, la SNCF, RFF, La Caisse des Dépôts… Intérêts divers, compétences multiples, co-financements, mais une chose est sûre : la volonté de faire d'un quartier presque "fin de ville" un futur pôle attractif e dynamique à l'échelle transfrontalière est vraiment partagée. Que chacun joue sa "carte", et que la population aussi soit un soutien pour une opération de qualité. C'est à cette condition qu'une réalisation d'une telle envergure sera possible.

Marie Thérèse de NOMAZY

 

  • Etoile Annemasse Genève : pourquoi ce nom ?

Après avoir été dénommée "le pôle de la gare d'Annemasse" (pas très vendeur), puis le "pôle gare Annemasse Genève Rive gauche" (impossible à dire, et le "Genève rive gauche" n'est pas tout à fait là…), il a été proposé de s'appuyer sur le nom de la SNCF avait donné à son projet d'amélioration de son infrastructure : "l'étoile ferroviaire d'Annemasse" et de prendre en compte la dénomination possible d'une gare future "Annemasse Genève", puisque telle est sa vocation pour demain.
D'où, "l'étoile Annemasse Genève".

Et puis, il fallait bien trouver un équilibre avec "le rectangle d'or", projet autour de l'aéroport, comme l'a fait "la porte sud", projet de développement autour d'Archamps-St Julien, retenant son nom de "porte" des télécommunications entre l'immense réseau mondial desservant Genève et la Haute Savoie, et même Rhône Alpes.
3 projets transfrontaliers qui œuvrent à l'établissement d'une grande agglomération métropolitaine transfrontalière.